Vendredi 13 février 2009 à 10:55



http://que-vent-emporte.cowblog.fr/images/surlelac.jpg


Jeudi 12 février 2009 à 17:45


Entendu à l’instant à la radio, sur une chaîne se réclamant de la réflexion et de la culture, ceci : 
« Bientôt notre frigo décèlera tout seul que sont en passe de manquer le beurre ou les carottes et procédera lui-même à la commande… » Cela s’appelle l’ « Internet des objets », disait la dame.
La première réaction de M. Brume fut de se dire, presque sans ironie : « Le monde va de l’avant ! »
Rassurant d’entendre cela en temps de crise, pensait la partie la plus archaïque de son cerveau. Si nous sommes à la veille d’un tel prodige, quelles autres merveilles nous attendent demain ? Pendant quelques secondes il se surprit même à reprendre confiance dans cette brave vieille civilisation occidentale gréco-latino-judéo-christiano-scientifique et technique.
Mais il se ressaisit assez vite.
D’abord, est-il si difficile d’aller regarder dans son frigo s’il reste encore assez de beurre ? Est-il si difficile de noter sur un morceau de papier ce qui manque et d’aller se mêler un instant au reste du monde pour faire quelques achats ? Est-il bien là, le progrès ? Oui, bien sûr, c’est du temps libéré. Ah ! le bel argument. Du temps libéré, certes, mais pour faire quoi ? Pour mieux rester chez soi devant sa télé ?
Ou alors n’est-ce pas plutôt parce que les contraintes d'un travail le plus souvent absurde nous empêchent de procéder aux actes les plus élémentaires de la vie quotidienne ?
Qui a dit qu’il était forcément nuisible ou dégradant de sortir de chez soi, faire ses courses, de cuisiner, de manger ensemble, de bavarder et de faire la vaisselle ?
Ce progrès censé nous libérer - ainsi que partout l’on répète - n’est-il pas plutôt en train de nous expulser de notre propre vie ?

Et Brume se prit à rêver. Un sage de l’Antiquité, un vieillard de cinquante ans, pouilleux sublime, débarquerait de son lointain passé et se présenterait à sa porte. Brume l’accueillerait avec empressement et, gonflé d’orgueil, soucieux de montrer au grand Ancien à quel point nous avons su faire fleurir son héritage, il lui montrerait son bel ordinateur, lui expliquerait ce qu’est un avion, l’emmènerait faire un tour en autobus et lui parlerait avec émotion des progrès de la médecine. Il lui dirait : « Restez avec nous, restez avec moi, j’ai tellement de choses à vous dire, restez pour faire soigner vos ulcères et rajeunir votre corps fatigué, restez, je vous en prie, restez ! »
Et l’autre le regarderait avec cette tristesse que seule engendre la faillite des plus grandes espérances et lui répondrait, de sa voix douce et tranquille de sage : « Il vous faut donc tout cela pour être des hommes et avoir une vie digne d’être vécue ? En 2500 ans, c’est tout que vous avez trouvé ? Je ne m’attendais pas à cela, quel dommage ! Excusez-moi, Brume, je suis vraiment ravi d’avoir fait votre connaissance, mais je vous laisse. Des amis m’attendent sur l’agora et, moi, je ne veux pas les décevoir ».


Lundi 9 février 2009 à 0:33


http://que-vent-emporte.cowblog.fr/images/snow.jpg
 

<< Page précédente | 1 | Page suivante >>

Créer un podcast